26-09-06

Les Ombres / De Schaduwen

C 'est encore le matin mais le temps presse. Un grand corps d'ombre occupe encore une partie de la place et chevauche le pont et le ravin, y descend au fond et remonte; c'est une grande ombre souple songeuse, si perdue dans sa rêverie qu'elle s'est couchée en travers du village, du ravin et de la côte boisée, barrant tout de son indolence sinueuse; elle les lie de son zigzag, elle les communie. Ses jambes sont contre les fenêtres, ses pieds sur les toits, son ventre dans le gouffre, où c' est pourtant si impropable pour d'autres qu'elle d'aller caresser ces rochers abrupts comme elle fait, et si négligent de baigner son ventre dans l'eau glacée matinale du torrent. Elle étend ses grands bras informes sur la hanche de la montagne. Bientôt elle s' en ira. Quand les femmes auront replié les lits, vidé les cuvettes, rempli les brocs d'eau nouvelle. Et alors elles fermeront jalousements les volets des fenêtres; et à ce moment les ombres leur passeront prestement entre les bras comme une grande anguille sombre et se tapiront tout le jour dans ces chambres saines et légères. Les ombres ne font nul bruit, elles se contentent d´être présentes. Elles font de longs séjours muets et immobiles, puis décampent soudain d´un bond électrique, comme des truites dans les eaux noires.

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[Jean Dubuffet. Prospectus et tous écrits suivants III. Gallimard 1995. ISBN 2-07-074047-1, p. 172]

"Het is nog ochtend maar de tijd dringt. Een groot schaduwlichaam bezet nog een deel van het plein, bedekt de brug en het ravijn, daalt erin tot op de bodem en stijgt er weer uit op; het is een grote, soepele schaduw, die dromerig, zo verloren in haar gedachten is dat ze zich heeft neergevlijd langsheen het dorp, langs het ravijn en de boskant

18:28 Gepost door dv in 00 alles was beter | Permalink | Commentaren (0) |  Facebook |

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